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2020 | art

2020
art

Au départ de ces manuscrits : écrire une lettre et renoncer à l’envoyer.
Revenir aux fondamentaux : on écrit toujours pour soi.

Et puisque cette lettre est destinée à être écrite sans être lue,
pourquoi en garder une trace ? J’ai commencé à effacer.

Mais toute chose laisse une empreinte.
Même illisible, l’intensité de la lettre est encore là, par le moment vécu, les couleurs et les fibres du papier.

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Obsessionnelle, voilà que je recommence. J’écris à d’autres, à moi-même, à des morts. J’ai encore des choses à dire. Je passe en grand format, avec l’espoir que la vibration des mots, le choix des couleurs, puisse permettre à ce lecteur d’un nouveau genre, de décrypter l’énergie du geste.

J’écris des lettres à voir. Des lettres à ressentir. Des lettres à regarder.

Avec ma plus belle prose, j’écris tantôt un manuscrit inspiré, tantôt un journal intime, tantôt un slam… dans un exercice d’absolue sincérité.

J’éprouve parfois la sensation d’écrire des paragraphes que j’aurais aimé garder, qui auraient mérité d’être lus… mais qu’importe, ce texte unique va bientôt disparaître… et je me délecte à l’effacer.

Je me nourris alors une deuxième fois de ces mots choisis avec amour. Et l’eau fait son œuvre.

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Aléas, deuils, brusqueries, générosités… un mot revient sans cesse : gratitude.

Dans ce voyage intérieur, je décide de remercier les évènements de la vie pour me proposer ainsi leurs virages.
Et plus je remercie, plus chaque chose semble enfin à sa place.
J’emprunte simplement ce chemin unique qui est le mien.
Les contraintes extérieures ne sont plus que des balises sur la voie.

Etrangeté.
Lettre chamanique.
Ecriture automatique.
Sensibilité exacerbée.

Parfois, je me retrouve dans des genres de prières.
Dans des confessions. Des aveux. Un besoin de parler des choses secrètes.
Comme emportée dans le vrai par ce médium absolu.

L’écriture comme vibration.
L’émotion guidant la couleur.
La clarté indiquant le rythme.

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La logorrhée recommence à chaque peinture : je me frotte aux évènements de l’existence qui me ramènent inexorablement à la métaphysique. Epuisant.

La ligne comme une trame.
La page comme un tissage
De ces thématiques qui reviennent toujours, s’invitent, vadrouillent…
En boucle.

Et cette sensation d’être toujours en état d’improvisation alors que j’écris inlassablement sur les mêmes questionnements.

Fascination.
Obsession.
Vacuité de l’existence.
Inutilité nécessaire.

L’intuitif. Le sacré.
Connectés.

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Et alors il me semble que je n’ai rien d’autre à partager de plus sain,
si ce n’est ce nouvel être que je deviens
en pratiquant cet art dans une infinie liberté.

Accepter cette impossible lutte
130 x 170 cm
Crayon aquarelle sur papier coton-lin 500gr/m2 fabriqué main

Eloge du doute
130 x 170 cm
Crayon aquarelle sur papier coton-lin 500gr/m2 fabriqué main

Photographies Aurélie Lamour